Les dessalinisateurs à bord des navires de plaisance

Les dessalinisateurs sont devenus un équipement indispensable pour le confort et l’autonomie en croisière, surtout sur les catamarans modernes.

Ces appareils, autrefois réservés aux gros bateaux équipés de groupes, compte tenu de leur consommation électrique, sont devenus pour certains nettement plus économes en énergie et fonctionnent en DC, 12, 24 ou 48 VDC.

Published on
February 4, 2026

Pourquoi un dessalinisateur à bord ?

Un dessalinisateur transforme l’eau de mer en eau douce potable au moyen de membranes et de haute pression en utilisant le principe de l’osmose inverse.
À bord d’un voilier de croisière, il permet de ne plus dépendre des points d’eau à terre et de bénéficier de presque autant d’eau qu’à la maison !

En pratique, la consommation quotidienne d’un équipage peut être assez importante : sur un catamaran ou on ne fait pas “trop” attention, c’est rapidement entre 60 et 80 litres par jour et par personne, hydratation (après filtration), cuisine, douches, vaisselle et entretien compris.


Pour 4, 8 ou 12 personnes à bord, on arrive entre 240 et 960 litres par jour, auxquels s’ajoutent parfois machine à laver, lave-vaisselle ou même un chef en charter qui peuvent ajouter 100 à 200 litres supplémentaires.

Comment ça marche ?

Le cœur de la technologie est l’osmose inverse.

L’osmose est un phénomène physique que l’on retrouve au cœur du vivant. A travers une membrane, c’est le liquide le moins concentré qui va migrer naturellement vers le plus concentré.

Les dessalinisateurs utilisent l’osmose inverse. Un mécanisme qui va forcer à travers la membrane le liquide le plus concentré vers le moins concentré en nécessitant, à la différence de l’osmose, un apport d'énergie externe : la pression mécanique.

Dans un dessalinisateur, on met l’eau de mer sous une pression d’environ 50 à 60 bars, ce qui force l’eau à traverser la membrane qui laisse passer l’eau mais retient les sels, bactéries et la plupart des polluants. On récupère ainsi environ 10% d’eau douce, les 90% restants repartant à la mer sous forme de saumure très salée.

Un cycle typique comprend : aspiration de l’eau de mer, préfiltration, mise sous pression, passage dans la ou les membranes, contrôle de la salinité de l’eau produite, envoi vers les réservoirs si la qualité est correcte et rinçage automatique de la membrane en fin de cycle.
Les modèles récents automatisent ces étapes, avec tableaux de commande à distance, capteurs et séquences de rinçage programmées.

Deux grandes familles de machines

On distingue deux types principaux de dessalinisateurs pour la plaisance.

1. Les appareils « traditionnels » à pompe haute pression

Ils utilisent une pompe à pistons (souvent triplex) qui met directement toute l’eau de mer à haute pression avant les membranes.

On les trouve en versions 12/24/48 VDC et surtout 220/380 VAC, chez des fabricants comme SLCE/Aquabase (Aruba), Dessalator, Rainman, Unitam (Compagnie Hydrotechnique), Aquatec, etc.

Un Unitam 240 L/h de Compagnie Hydrotechniqu

Ce sont les appareils généralement associés à des groupes électrogènes compte tenu de leur consommation d'énergie par m3 d’eau douce, une consommation qui dépasse fréquemment les 12 kWh.Points forts :Simplicité mécanique, peu de composants spécifiques, pièces standard faciles à trouver (pompe, filtres, membranes).

Robustesse, tolère mieux les interventions approximatives et un environnement intensif (croisière hauturière, charter, grande croisière).

Entretien relativement simple, accessible à un équipage soigneux.

Points faibles :Consommation électrique élevée : 8 à 14 kWh par mètre cube d’eau produite, trois à quatre fois plus que les modèles à récupération d’énergie.

Bruit et vibrations plus importants (générés par la pompe haute pression) qui demandent une attention particulière au montage (silent‑blocs, supports souples, éventuellement isolation phonique).

Sur les modèles 220 VAC, les pointes de courant au démarrage imposent de dimensionner sérieusement groupe, convertisseur et parc batteries, sauf à utiliser des coffrets de démarrage progressif (soft‑start, variateur). Le pic de démarrage d’une charge inductive comme une pompe peut représenter plusieurs fois la puissance nominale du dessalinisateur !

2. Les appareils à récupération d’énergie

Ces appareils récupèrent l’énergie mécanique (issue de la pression contenue dans la saumure rejetée) pour la transférer à l’eau de mer, avant son passage dans la membrane et réduire la puissance électrique nécessaire.

Ils utilisent pour cela un dispositif mécanique (pompe Clark à piston ou échangeur rotatif) qui transfère la pression de l’eau rejetée vers l’eau de mer brute entrant dans le circuit.

Il s’agit d’une pompe mécanique qui n’est pas alimentée en électricité.

Résultat : la consommation tombe en pratique à 3–4 kWh/m³, soit 25 à 33% de celle d’un appareil traditionnel.
Ce sont les appareils privilégiés pour les voiliers disposant de parcs batteries limités ou souhaitant minimiser la consommation au mouillage.

Quelques marques représentatives : SLCE/Aquabase (Fiji), Schenker, Blue Water, Spectra, Eco‑Sistems, certains Osmosea.


Les débits courants en 12/24/48 VDC se situent typiquement autour de 60 à 100 litres par heure, avec des versions « duo » qui doublent le débit au prix d’une complexité accrue en ce sens qu’ils embarquent deux petits dessalinisateurs montés en parallèle.

Un Schenker Zen 30 L/h à très faible consommation d’énergie

Points forts :

  • Consommation électrique réduite, compatible avec des installations tout‑batteries et des voiliers sans groupes.
  • Niveau sonore plus faible, la pompe haute pression n’étant plus directement entraînée par un moteur électrique.

Points faibles :

  • Capacité de production plus faible, rarement supérieure à 100 L/h.
  • Conception plus complexe (récupérateur d’énergie, vase d’expansion, automatismes), diagnostics de pannes moins évidents.

Le vase d’expansion acier du Schenker

  • Sensibilité accrue à la qualité du montage, des automatismes et de certains composants (vase d’expansion, clapets, joints finement usinés).
  • Coût d’achat et de maintenance plus élevé, pièces parfois spécifiques à la marque.

Dimensionner un dessalinisateur pour un bateau

Le point de départ est le besoin quotidien en eau douce, fonction du nombre de personnes, du niveau de confort et des équipements embarqués.
Une valeur de 60 à 80 litres par personne et par jour est une base réaliste, à adapter selon la présence de machine à laver, lave-vaisselle ou d’un usage charter intensif.

Vient ensuite la question de la stratégie de production : faire tourner longtemps un petit appareil ou plus brièvement un appareil de gros débit.


Produire environ 640 litres par jour (8 personnes) peut se faire avec : un petit dessalinisateur de 50 L/h fonctionnant 13 h, un 100 L/h tournant 6,5 h, ou une machine traditionnelle de 200 L/h tournant environ 2,5 h par jour.

En pratique, tous les fabricants recommandent une plage de fonctionnement quotidienne autour de 2 à 5 heures.
D’où une logique assez simple :

  • Petits bateaux avec peu d’énergie à bord : privilégier un petit appareil à récupération d’énergie (60–95 L/h) en 12/24 VDC.

  • Bateaux moyens avec parc lithium et production électrique renforcée : ouvrir le choix à des appareils DC, éventuellement 48 VDC, si c’est la tension du système énergie du bateau, avec ou sans récupération d’énergie selon le profil d’utilisation.

  • Grands bateaux ou forts besoins journaliers : solutions en 230 VAC à pompe haute pression, souvent couplées au fonctionnement des moteurs ou du groupe électrogène.

Composants principaux et points de vigilance pour l’utilisateur

Même si la conception varie d’une marque à l’autre, on retrouve toujours les mêmes composants de base.

Principaux éléments :

  • Prise d’eau et crépine, idéalement positionnées hors des turbulences et cavitations (éviter l’arrière immédiat des safrans par exemple). Il ne faut pas que la pompe haute pression ou la pompe de gavage n’aspire de l’air au risque de désamorcer la ligne d’alimentation en eau de mer. Évitez de positionner les écopes en arrière d’un safran par exemple.

  • Préfiltres (filtre grossier puis cartouches 5 microns) qui protègent pompe(s) et membranes, pièces coûteuses.

  • Pompe de gavage (au-delà d’environ 100 L/h ou si la pompe principale est au-dessus de la flottaison), parfois remplacée par une simple aspiration gravitaire sur les très petits modèles. Dans ce cas, la pompe haute pression doit être située sous la flottaison car ces pompes ne sont pas auto amorçantes.

  • Pompe haute pression ou moyenne pression selon le type de machine, associée éventuellement à un récupérateur d’énergie.

  • Bloc membranes, le plus souvent au format standard (2,5" x 21" ou 40"), ce qui facilite les remplacements. Certains modèles anciens de dessalinisateurs utilisent des membranes de dimensions propriétaires. Il est sage de les éviter. Des membranes 2521 ou 2540 se trouvent facilement partout.

  • Tubes, raccords et colliers dimensionnés pour supporter les pressions et les coups de bélier, de préférence avec raccords filetés plutôt que embouts annelés.

  • Tableau de commande à distance, plus ou moins sophistiqué, avec démarrage/arrêt, alarmes, rinçage automatique, affichage d’état et parfois diagnostic à distance.

Points sensibles courants :

  • Vase d’expansion sur les appareils à récupération d’énergie, fortement sollicité, qui doit être adapté à la pression réelle du système et résistant à l’eau de mer.

  • Qualité des automatismes (électronique, capteurs, électrovannes), source de pannes récurrentes chez certains fabricants.

  • Tubes et raccords haute pression, exposés à la fois aux vibrations, à la corrosion et aux coups de bélier : un montage soigné limite une bonne partie des incidents.

Membranes, entretien et bonnes pratiques à bord

Les membranes modernes sont des structures composites fines, très efficaces mais qui exigent quelques précautions d’usage. Elles supportent bien la pression, mais beaucoup moins le chlore, l’assèchement et les longs arrêts sans rinçage.

Les membranes d’osmose inverse modernes sont des structures composites à couche mince (TFC – Thin Film Composite), combinant plusieurs matériaux pour assurer à la fois sélectivité au passage de liquide, résistance mécanique et durabilité.

Quelques règles simples pour l’utilisateur :

  • Vérifier régulièrement l’état des préfiltres et les remplacer avant colmatage franc, sinon la pression chute et la machine se met en défaut. Le filtre est le premier organe à vérifier en cas de dysfonctionnement d’un dessalinisateur.

  • Rincer la membrane à l’eau douce après chaque utilisation (fonction aujourd’hui très souvent automatisée) et, idéalement, prévoir un rinçage hebdomadaire au port pour éviter le développement bactérien. Dans un monde idéal, et tant que le dessalinisateur n’est pas hiverné, il conviendrait de rincer sa membrane chaque semaine, au port, même si l’appareil n’a pas servi. Ceci afin d’éviter la prolifération bactérienne dans les membranes.

  • Respecter les procédures d’hivernage en cas d’arrêt de plusieurs mois : rinçage intensif, injection de solution de conservation, obturation du module, protection contre l’air et le dessèchement. Ne pas oublier de deshiverner le dessalinisateur avant de mélanger la solution de rinçage avec l’eau du réservoir…

  • Vérifier que l’eau de rinçage n’est pas trop chlorée, ou utiliser un filtre à charbon actif adapté, le chlore étant l’ennemi numéro un des membranes. 

D'où vient ce chlore ? Les réseaux d’eau des ports sont parfois chlorés, tout particulièrement sous les tropiques. Une autre source de contamination au chlore se trouve dans le rinçage à l’eau chlorée des réservoirs neufs par les fabricants avant expédition. Le goût de chlore montrant la présence  perdure de ce composé perdure, sur un bateau neuf, pendant deux ou trois remplissages complets du réservoir d’eau.

Pour cette raison, certains fabricants incluent un filtre à charbon actif dans leur configuration obligatoire.

Enfin, il est intelligent de choisir des membranes de dimensions standard et de fabricants reconnus (Filmtec, Oltremare, Hydranautics, Toray, LG Chem).

Si elles sont standard, les membranes sont interchangeables ce qui simplifie l’approvisionnement et réduit les coûts de remplacement.


Le choix d’un appareil adapté à son programme de navigation, un montage bien pensé, des réglages simples côté utilisateur et un entretien minimal mais régulier font la différence entre un dessalinisateur perçu comme fragile et une machine qui accompagnera le bateau durant des années d’heureuse croisières.

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